#Insula #NetGalleyFrance : Lu & Approuvé



Temps de lecture estimé : 2 minutes_

Ami.e.s De Lire bonjour,


Si vous êtes pressé, rendez vous sur YouTube pour découvrir La Note De Lire Délire du jour. 

Autrement, bienvenue dans notre rubrique Lu et Approuvé.

Avant de toute chose, je tiens à remercier chaleureusement NetGalley et les éditions Seuil Cadre rouge pour cette découverte éditoriale remarquable.

Aujourd'hui nous allons parler du roman intitulé Insula de Caroline Caugant, à paraître en janvier 2024 aux éditions Seuil, collection Roman Cadre rouge, 288 pages.

#Insula #NetGalleyFrance


PRÉSENTATION DE L'ÉDITEUR


Printemps 2024. Line, hôtesse de l’air, se trouve à Tokyo au moment où le Japon célèbre les cerisiers en fleurs. Cette nuit-là survient le Big One, séisme majeur que tous redoutaient. La terre avale la jeune femme. Puis la recrache des jours plus tard.


Miraculée, elle rentre à Paris, vacillante. De ce qu’elle a vécu, elle ne garde aucun souvenir. Commence alors le délicat travail de la reconstruction et de la mémoire. Comment revenir d’un tel voyage ?


Flashs et réminiscences la mèneront vers une île de l’Atlantique, soumise aux assauts du vent et de l’océan, à la recherche de ce qui la hante.


Récit du séisme et de ses ondes de choc, Insula révèle les failles des êtres et leur dualité, tout en dépeignant une existence animée par le désir violent de renaître.


Caroline Caugant est née à Paris en 1975. Après des études de littérature à la Sorbonne, elle travaille comme graphiste et se consacre en parallèle à l’écriture. Insula est son deuxième roman, après Les Heures solaires (Stock).



#Insula #NetGalleyFrance



Le syndrome de Lazare d'une fille de l'air


À travers le récit de Line, hôtesse de l'air et survivante après huit jours et huit nuits sous les décombres d'un séisme lors d'une escale à Tokyo, Insula raconte la manifestation véridique d'un syndrome de Lazare. 

D'après les récits bibliques, Lazare de Béthanie, mort depuis quatre jours et enseveli dans un sépulcre, est sorti vivant de la tombe sur ordre de Jésus Christ. 

En effet, il y a lieu de s'interroger sur la vie des miraculés après une telle résurrection :

"Comme Lazare, l’homme d’avant le miracle s’effaçait. Celui qui revenait était un autre. Et elle ? Qui était celle que l’on avait déterrée et ramenée vers la vie huit jours après le séisme de l’hanami ?"


Pour ma part,



Non sans rapport avec l'actualité au Japon en ce triste début d'année, c'est avec un vif intérêt que je me suis plongée dans ce récit qui explore les conséquences psychologiques d’un stress post-traumatique, appelé syndrome de Lazare, vécu par une hôtesse de l’air, Line, lors d’un très grave séisme à Tokyo.

"À son retour de Tokyo, la Compagnie l’avait déclarée inapte et l’avait suspendue des plannings de vol. Elle était en arrêt maladie pour le moment. Ensuite, pour une période non déterminée, elle travaillerait au sol. Avant de reprendre les vols, elle serait examinée par le médecin du travail."

Rescapée des entrailles de la terre, du chaos et de la mort, Line doit affronter ses démons et accepter son destin pour réapprendre à vivre. 

"Je n’ai pas compris tout de suite l’impact que cet événement aurait sur ma vie. C’était un miracle, c’est ce que tout le monde répétait, alors j’ai fini par y croire. Le reste est venu plus tard. Être une survivante se paye. D’une manière ou d’une autre, on le paye. "

La narration à la troisième personne oscille entre le passé, le présent et le point de vue des personnages clés : Line, Thomas et Saki. 

Ce procédé est un style littéraire pour marquer la dichotomie entre la douleur et l'instinct de survie, le chaos d'une existence dépourvue de sens et l'espoir... Là dessus je ne vous en dis pas plus vous le découvrirez en lisant le roman.

À mon sens, en dépassant le récit d'aventure initiatique à proprement parler,  Insula est un exutoire, c'est-à-dire un recueil de souvenirs et de sensations, de celles qui furent gravées dans la chair, l'âme et les sens enfin portés par écrit, comme une délivrance, un accomplissement. Dans le but de les surmonter, de les exorciser et enfin renaitre.

Le chemin vers la paix intérieure est ardu et les images du récit sont tantôt oppressantes, tantôt oniriques avec quelques éclaircies versifiées pour enfin revenir au présent et à la réalité :

"Noir total
Absolu
Comme le blanc le plus pur

Nuit infinie Nul écho
Nulle trace

Noir vorace
Comme les gouffres
Où meurent les étoiles"

J'aime les récits psychologiques en général et j'ai adoré celui-ci en particulier car, connaissant plus ou moins le milieu des PNC,  j'ai eu beaucoup d'empathie pour le personnage de Line. 

Je recommande chaleureusement.


Quelques citations :


"Line avait un sens de l’organisation redoutable et, pourtant, elle semait un désordre extraordinaire dans l’appartement de la rue Taine, laissant traîner ses affaires et les vieux objets douteux qu’elle ramenait de ses brocantes."


"C’est si doux et cela demande tant d’effort ; Line ne pourrait s’en passer. C’est devenu son point d’ancrage. Elle grandit en se pliant aux exigences de la danse et progresse d’année en année. Elle devient plus entêtée aussi, sollicitant son corps, voulant voir ce qu’il est capable de produire, jusqu’où il peut aller. Et de jour en jour il devient plus extensible, plus léger."


"Elle avait passé huit jours et huit nuits sous terre. C’est ce qu’ils lui avaient expliqué au téléphone. C’était un miracle qu’elle ait survécu."


"Le silence 
Vague insonore 
Indolore 
En soi 
Se replier 
S’oublier 
Rêver 
De trêve 
D’abandon" 

"À son retour de Tokyo, la Compagnie l’avait déclarée inapte et l’avait suspendue des plannings de vol. Elle était en arrêt maladie pour le moment. Ensuite, pour une période non déterminée, elle travaillerait au sol. Avant de reprendre les vols, elle serait examinée par le médecin du travail."


"Oui, ça avait commencé ainsi : par un hurlement venu d’en bas. C’était le cri d’une bête, d’un dieu trahi qui gueulait sa fureur. Dégueulait une colère que rien n’apaiserait. Ce hurlement, elle l’avait ramené avec elle. Le long gémissement avait pénétré son corps, il s’était infiltré en elle, comme l’aiguille du tatoueur libère l’encre sous la peau. Elle arrivait encore à le sentir, à éprouver ses pulsations enragées. Puis les immeubles s’étaient mis à bouger, à se tordre, aussi docilement que des roseaux pris dans des bourrasques. Les façades s’étaient déchirées comme du carton. Les morceaux de verre avaient volé. Les rues s’enfonçaient, se hérissaient sous une pression monumentale. Et le hurlement de la terre couvrait cette folie. Il effaçait tous les bruits : les brisures du béton, les plaintes des arbres déracinés. Il couvrait la mort qu’il était en train de semer."

"Tu as eu de la chance , lui répéterait‑on, et ces mots lui rappelleraient la dette qu’elle avait envers les disparus. Depuis son retour, elle cherchait un sens à ça – à cette chance. Le cerveau échauffé par les insomnies, Line se répétait qu’il existait, quelque part, une raison expliquant qu’elle ait été épargnée. Mais elle avait beau s’interroger, aucune réponse ne venait."

"Noir total
Absolu
Comme le blanc le plus pur

Nuit infinie Nul écho
Nulle trace

Noir vorace
Comme les gouffres
Où meurent les étoiles"

"Il trouva un article sur ce que l’on nommait dans le jargon médical le syndrome de Lazare. Ceux qui se croyaient condamnés et avaient bénéficié d’un sauvetage in extremis – rémission, guérison, survie miraculeuse –, ceux‑là ressentaient ce fameux syndrome."


"Comme Lazare, l’homme d’avant le miracle s’effaçait. Celui qui revenait était un autre. Et elle ? Qui était celle que l’on avait déterrée et ramenée vers la vie huit jours après le séisme de l’hanami ?"

"Ce serait un mariage rapide, intime : juste les mariés et leurs témoins dans une salle de la mairie du XIIe arrondissement. Un mariage secret, comme un pacte de sang, une alliance confidentielle. Un jalon de plus les ancrant dans leur propre vie."

"Ivre, agitée, Line ne retient que trois mots du récit de la jeune hôtesse : la liberté, le mouvement et l’esquive. Elle entend les départs, les décalages horaires et le quotidien décousu. Ne jamais être coincée entre les quatre murs d’un bureau. Ne jamais connaître la rigidité mortifère d’un emploi du temps répétitif. Le reste, elle ne l’entend pas. Line a vingt ans et elle sait enfin qui elle veut être : une fille de l’air."

"Elle a vingt‑trois ans et elle vole. Son corps enfin délivré de la pesanteur. C’est une vie en mouvement, un tourbillon : les vols, les escales, les astreintes, les nuits blanches et le corps malmené. À la Compagnie, avec ses compagnons de route, ils forment une sorte de grande famille. Cela , elle l’a ressenti dès la première fois."

"Depuis des mois, il ressentait ses fuites. Même lorsqu’ils se trouvaient dans la même pièce, lorsqu’ils parlaient, cuisinaient, faisaient l’amour, il n’arrivait pas à réellement la sentir. Il lui fallait lire entre ses mots, contourner ses silences. Parce qu’elle ne s’exprimait jamais de manière totalement honnête."

On ne divorçait pas comme ça, sur un coup de tête, on ne déconstruisait pas ce qu’on avait bâti si patiemment, on ne brisait pas sa famille. Parce que, autour d’eux, tout était volatil, la vie de manière générale était volatile, et la seule chose sur laquelle il leur était possible d’avoir une prise, c’était eux : leur famille.


Elle avait alors signé un pacte avec elle‑même, se promettant de ne jamais tomber dans le genre de guerre absurde à laquelle se livraient ses parents. Chaque être devait être libre de ses choix, et quoi qu’il en coûte, surtout , garder la tête haute, toujours, et serrer les dents. Ne pas jouer la tragédie.


À Takeshita Street, elles avaient flâné au milieu d’individus sortis tout droit de mangas japonais – pupilles étranges, coiffes délirantes, jupons en dentelle ou longues robes de geisha, corsets et serre‑tête carnavalesques. Line avait pensé aux dessins animés de son enfance en se faisant la réflexion que leurs héros existaient bel et bien. Et ici, à Tokyo, ils étaient d’une délicatesse extrême, d’une politesse parfois gênante, surtout pour quelqu’un débarquant d’une ville comme Paris.


En silence, elle avait pleuré. Longue‑ ment pleuré, parce que, dans le noir , plus rien n’existait. Ni l’espace ni le temps. Les secondes s’égrenaient, si lentes. Il était impossible de les compter. C’étaient des secondes sans visage. Qui les aspiraient. Les dévoraient. Tel Chronos dévorant ses enfants.

C’était une enfant de l’île, elle avait grandi là, entre l’estran et les marais salants. Pour les gens du coin, Rose était restée la gamine d’antan, bien qu’elle soit partie longtemps à l’autre bout du monde, et revenue différente, plus discrète, plus sauvage, retirée dans sa maison de bois, au milieu de ses jardins.


Ce tatouage était une ancre contre sa propre disparition. Il lui promettait l’éternité et excluait l’idée même de vieillesse. Très vite Line avait eu envie de ressentir de nouveau le contact de l’aiguille, cette douleur certes désagréable, mais féconde. En couvrant son corps de dessins, elle avait chaque fois la sensation de s’enraciner, d’écrire un nouveau morceau de son histoire.

"Il avait des carnets où il collait ses dessins. À côté il notait les noms des espèces, les dates et les endroits où il les avait croisées. Tourne‑pierres. Gravelots. Échasses blanches. Aigrettes garzettes. Huppes fasciées. Cisticoles des joncs et fauvettes grisettes. Il affirmait qu’on n’avait pas besoin de parcourir le monde pour trouver les plus beaux spécimens parce que c’était ici qu’ils nichaient . Il disait que l’île est le point de rencontre de tous les oiseaux du monde : lorsqu’ils migrent pour rejoindre l’Afrique, la Sibérie ou le Moyen‑Orient, ils passent par là. Quelles que soient les routes empruntées, l’île est sur leur chemin."


"Il fallait chasser la folie, ne pas la laisser s’infiltrer dans ce lieu où temps et lumière n’existaient plus. Oublier l’image du sang noir entre ses jambes. Oublier la terre en furie, folle de rage, ouvrant grand sa gueule avant de les avaler. Oublier qu’elles étaient là, dans le ventre, l’estomac de la bête. Englouties par cette chose sous les pieds des vivants qu’il leur fallait craindre, respecter comme s’il s’agissait d’un dieu."

"Ils élèvent des murs contre la mer et pendant ce temps, ils inondent leurs champs de saloperies. Combien de tonnes de glyphosate et d’autres merdes ? Tempêtes ou pas, tsunamis ou pas, tout ce qu’ils nous font bouf‑ fer finira de toute façon par nous achever. Alors à quoi bon ? "

"Enfin, il y avait toujours une lampe de poche dans les tiroirs des tables de nuit – ils avaient gardé cette habitude – et trois sacs d’urgence, prêts à être utilisés. Ceux‑ci contenaient exactement ce que les consignes de sécurité conseillaient : une couverture de protection contre le froid, un K‑way, une casquette, des boissons et de la nourriture énergétique en bâtonnets, une trousse de premiers secours (désinfectants, sparadrap et bandes), une lampe de poche, leurs passeports, de l’argent, un carnet d’adresses, des affaires de toilettes (brosse à dents, lingettes et papier hygiénique)."


"Elle remplissait une tasse de café, attrapait un morceau de pain et sortait, emmitouflée dans un gros pull."

"Je n’ai pas compris tout de suite l’impact que cet événement aurait sur ma vie. C’était un miracle, c’est ce que tout le monde répétait, alors j’ai fini par y croire. Le reste est venu plus tard. Être une survivante se paye. D’une manière ou d’une autre, on le paye. "


"On devenait un jōhatsu pour un tas de raisons : un licenciement, un divorce, un accident de la vie. C’était une histoire d’honneur. Ils avaient échoué, ils avaient honte, alors ils disparaissaient. Ils s’évaporaient, aussi subtilement qu’une pluie fine se dissout dans l’atmosphère."


"L’idée d’être enfermée chaque jour dans un bureau avec des horaires réguliers n’était pas envisageable pour moi. J’ai essayé, j’ai tenté divers jobs, mais très vite, j’ai étouffé. J’aimais les avions, j’aimais voyager, alors je suis devenue hôtesse de l’air. Il y a des tas de choses qui me plaisaient dans ce métier : le soleil qui se lève à la fin d’un vol de douze heures, nos repères brouillés quand on atterrit au petit matin, la chance de profiter des escales quand les conditions météorologiques et géopolitiques le permettent. Les nuits étaient courtes, irrégulières, c’était parfois épuisant, mais j’aimais ça."

"Elle arpentait l’allée entre les sièges avant de rejoindre son strapontin et d’attacher sa ceinture. Au moment du décollage, elle se sentait projetée vers l’avant. Line aimait cette impression de quitter la terre ferme, de s’échapper à grand bruit, dans un élan brutal, tout à coup désenchaînée, comme si une énergie trop longtemps accumulée se libérait enfin. Tandis que les moteurs accéléraient, que la carlingue se mettait à vibrer, à trembler comme si tout courait à sa perte, comme si les corps autour d’elle menaçaient de se désagréger, elle s’envolait."


"Mais ensuite ? Saki avouera que s’évaporer est l’acte le plus difficile, le plus long qui soit, qu’il n’y a pas de seconde vie. C’est construire soi‑même le mur qui nous encerclera. Ce mur empêche tout mouvement de retour, c’est le contraire de la liberté."

Cette île est une inconnue, aussi mystérieuse que l’est le cortex insulaire dans le cerveau humain. Cortex insulaire – ou insula, île en latin. (...) L’ insula est la source de nos émotions. Cette île en nous est donc aussi vitale que le cœur, les poumons, le foie, le pancréas ou les reins. Sans elle, il n’y aurait ni fracture ni guérison.
La Line d’aujourd’hui – celle qu’on déterre et qu’on ramène à la vie – est née d’un séisme. Elle incarne un miracle. (...) Au cœur du chaos, (ces histoires) ouvrent des chemins de lumière.


Caroline Caugant in Insula, Seuil, 2024.



Chapitres

Première partie : La Miraculée 
Deuxième partie : L'île de Saki
Troisième partie : Revenir 

Pour conclure,



#Insula #NetGalleyFrance



+ Le bon point : L'histoire extraordinaire d'une hôtesse de l'air rescapée d'un séisme à Tokyo qui se retrouve face à ses démons et à son destin. En dépassant le récit d'aventure initiatique, Insula est un exutoire où les souvenirs et les sensations sont exorcisés et portés par écrit, comme une délivrance.


* La note De Lire Délire : 18/20


LE SAVIEZ VOUS ?


Caroline Caugant est une romancière française née à Paris en 1975. Elle publie en 2014 Une baigneuse presque ordinaire aux éditions Acmé et en 2019 Heures solaires aux éditions Stock Arpège. Insula est son dernier roman en date.


Et vous, avez-vous lu Insula de Caroline Caugan ?


#Insula #NetGalleyFrance


Dans tous les cas, je vous invite à me faire part de votre avis en commentaire ou via le petit formulaire de contact situé juste en bas de cet article.


Littérairement vôtre,


Aïkà

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